Évaluation et compte-rendu

Précédemment : l’attente

L’évaluation s’est déroulée en deux séances, espacées d’une semaine, en présence d’un psychologue et d’un psychiatre.

Lors de ces deux séances, l’accueil est agréable et attentionné, le déroulement clairement annoncé, le possible est fait pour me mettre à l’aise.

1ère séance, l’ADOS

La 1ère séance commence par environ 10 minutes où je me présente, avec un très très bref historique (dans un autre cadre, le même sujet m’avait pris 1 heure en résumant déjà beaucoup), suivi pendant 1h15 de l’ADOS-2 module 4.
L’ADOS me donne l’impression d’être très orienté enfant, mais recoupe en partie des tests déjà effectués, rien de surprenant.

À la fin de la séance : « Vous pourrez nous rapporter les tests que vous indiquez avoir passé ? » « Je vous les ai déjà envoyés ». « Ah et bien on doit les avoir alors ». Merci d’avoir lu mon dossier avant de me recevoir… 21 mois c’était un peu court pour préparer ?

2ème séance, les antécédents
La 2ème séance est consacrée à l’anamnèse (récit des antécédents) se passe en présence de mes parents.

Dans un questionnaire reçu 2 mois auparavant, il y avait la question « Entretien parents envisageable ? (sic) » à laquelle j’ai répondu « oui », envisageable c’est le cas et ça n’engage pas à grand chose. 10 jour après, sans autre échange, arrive la convocation : « Evaluation – rendez-vous avec présence de vos parents« . D’envisageable on est passé aussitôt à présence obligatoire. À date et heure imposée pour tous, bien entendu. Contactés, mes parents seront disponibles et présents.
Pendant le 1er rendez-vous, j’avais demandé des précisions sur le déroulement de la séance avec les parents, pour pouvoir les prévenir. Je signale en même temps que mes parents sont dans un déni très important de mes problèmes. Un psychiatre et un psychologue, en plus prévenus à l’avance du problème, je ne doutais pas qu’ils sauraient faire la part des choses.

La 2ème séance, de 2h30, commence donc avec « mon » historique. Très petite enfance, aucun souvenir, je laisse mes parents parler sans intervenir. Enfance, premières divergences, je commence à apporter quelques corrections, adolescence… le désaccord est prépondérant, je corrige chaque point mais brièvement pour les laisser s’exprimer autant que parce que je suis pas un pro de la communication et de l’interaction, surtout conflictuelle. Il y avait deux professionnels pour gérer…

Le compte-rendu
Pour cause de vacances et fêtes de fin d’année, il y aura 3 semaines avant le compte-rendu. Tant pis pour mes fêtes… il y en aura d’autres l’année prochaine.

Le compte-rendu m’est présenté par la psychiatre, la psychologue et… l’infirmière (« … » car je n’ai pas bien saisi l’utilité de sa présence).
On me remet une copie du compte-rendu, et on m’en fait la lecture.
Des balancements négatifs de ma tête soulignent chaque passage où des informations inexactes avaient été retenues des propos de mes parents. Mes corrections durant l’entretien n’avaient pas été retenues. Au stress de l’attente s’ajoute progressivement le stress que je ressens à chaque fois que je suis confronté à des choses fausses (ou des mensonges).
Pour me préserver, avant chaque événement stressant, j’envisage un éventail de possibilités pour ne pas être pris au dépourvu et réussir à gérer la situation : le cas qui me semble le plus probable, le cas « au pire », très pessimiste, et le cas « au mieux », très optimiste. La fourchette est large.
Mais la conclusion sera malgré cette précaution un véritable coup de massue : « anxieux ». Deux ans d’attente, un service spécialisé, 2 professionnels, 20 ans d’errance diagnostic et de soins, pour en arriver à ce diagnostic que chaque généraliste doit annoncer à la moitié de ses patients et que toute personne me croisant est assez vite capable de donner.
Je demande des précisions : « anxieux de naissance et héréditaire […] une psychothérapie comportementale permettra d’en trouver les causes ». De naissance et héréditaire, en trouver les causes par psychothérapie ? Les tentatives d’humour m’échappent souvent, mais là je suis perdu : aucun des 3 professionnels présent ne trouve ces propos absurdes.
Leurs conseils ? « suivez une psychothérapie comportementale ». Euh… c’est ce que je faisais depuis 20 ans, et je me suis adressé au CRAHN car ça ne réglait pas le problème.
Le détail du diagnostic : « le test est positif pour l’autisme, mais vos parents n’ayant rien remarqué de significatif, ce diagnostic n’a pas été retenu ». Donc un test positif, un patient qui amène les éléments, mais tout est invalidé par des parents qui disent, 30 à 40 ans après, ne rien avoir constaté, et qui ne constatent d’ailleurs toujours rien. Normal.
Je ne sais toujours pas si ça relève du « on va quand même pas croire quelqu’un qui vient consulter en psychiatrie », ou de la psychologie Disney, « les parents ont toujours raisons et savent tout de leurs enfants ».
Très mal à l’aise, j’ai tenté de reparler de tous les problèmes que j’avais évoqués au 1er entretien, « l’état anxieux les explique tous ». C’est dommage que les différents spécialistes vus jusque là n’aient jamais songé à me le dire, et que ce soit en contradiction avec les recherches documentaires que j’ai mené ces 15 dernières années.

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Plutôt que de se répartir les rôles, entre affirmer le résultat de leur travail et user d’un peu de diplomatie pour essayer de rapprocher les points de vue, les 3 professionnels présents essaient d’enfoncer le clou : « suivez une psychothérapie » (déjà tenté…) « allez en clinique quelques mois » (alors que les changements de cadres me sont très négatifs et briseraient les progrès obtenus ces derniers temps), et enfin la solution ultime « sortez et voyez du monde », ce à quoi je réplique que les améliorations récentes sont justement apparues en appliquant la règle contraire…
(à voir : top 10 des réactions les plus stupides face à une personne autiste, « sortez et voyez du monde » y est…)

Voilà comment je suis ressorti cassé, dans un état nerveux très mauvais, d’un hôpital, sans que personne ne s’inquiète de ce que j’allais devenir ou sans conseil « en cas de problème », même pas un simple « n’hésitez pas à vous adresser aux urgences de l’hôpital si vous n’arrivez pas à faire face ».
Rien, soit ils n’ont rien vu, soit ils n’ont pas su gérer. 3 « professionnels ».

Suite : L’après-évaluation

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