Confusion adulte/enfant

Bien qu’étant très largement adulte, la psychologue qui m’a fait passé les tests était spécialiste des nourrissons (chose ignorée par le chef de service comme par le cadre de santé…). Changement de personne, le CRAHN passe une annonce (22/03/2016) :

Poste proposé
PSYCHOLOGUE AU SEIN DU CRAHN
[…]
Le CRAHN recrute pour son unité d’évaluation adulte, un psychologue au profil suivant :
DIPLOME ET COMPETENCES
– DESS psychologie, parfaite connaissance de la psychologie du développement.
[…]
MISSIONS ET ACTIVITES
PARTICIPE AUX ACTIVITES DE L’UNITE D’EVALUATION.
– Réalise les bilans psychologiques des enfants.

Unité d’évaluation adultes, réalisera les bilans des… enfants. Même en signalant les erreurs, ils persistent… C’est si dur que ça d’imaginer que les autistes grandissent, eux aussi ?

« Fantaisistes et dangereux »

Extrait du livre L’Enfant surdoué – L’aider à grandir, l’aider à réussir de Jeanne Siaud-Facchin (édition 2012, page 191) :

Lorsque les scores à l’échelle de Wechsler ne sont pas homogènes, des tests complémentaires deviennent obligatoires et incontournables. Considérer, hâtivement, que l’on peut s’en passer sous prétexte que la probabilité de surdon est élevée ou encore que l’anxiété ou tout autre facteur psychoémotionnel sont sûrement à l’origine de scores plus faibles dans certaines épreuves sont des hypothèses fantaisistes et dangereuses pour l’enfant et son avenir.

Les résultats concordants de 2 WAIS IV étaient bien dans mon dossier, avec des résultats très différents selon les domaines (et donc absolument pas homogènes), ce qui n’a pas empêché psychologue et psychiatre du CRAHN d’affirmer, d’une seule voix, « surdoué et anxieux », sans appel. Fantaisiste, c’est un peu trop gentil à mon avis, mais dangereux est parfaitement approprié.

La facilité : « anxiété ! »

 

Déjà vu (1)

Signalant régulièrement des douleurs au dos, j’avais toujours droit à la même réponse : il faut soigner l’anxiété et ça passera avec.
Jusqu’à ce qu’un accident de la circulation m’envoie pour un bon moment chez le kiné, lequel s’apercevra que j’ai des courbures du dos inversées, et que ces points fatigant plus rapidement, les douleurs apparaissaient. Il s’est attaqué au problème, et ça va enfin mieux.
Des années de diagnostic « anxiété » malgré mes protestations, avant d’être enfin soigné.

Déjà vu (2)

Dans une période sans stress particulier, je me mets à m’étouffer plusieurs fois par jour, ne pouvant plus respirer à chaque fois pendant quelques instants.
Ça ne passe pas seul, direction le généraliste, le mien est absent, je vois un confrère. Diagnostic : reflux gastriques causés par l’anxiété.
Traitement contre le reflux gastrique pris, mais ça n’améliore pas la situation. Retour chez le généraliste : reflux gastrique, prescription d’un traitement plus fort. Pas mieux.
À l’occasion d’un étouffement plus long, la respiration ne revenant pas, le SAMU est appelé. (Seule) réponse : « Il est pas un peu nerveux ? »… Le temps de l’appel ma respiration était revenue même si elle restait difficile.
Les étouffements persistent, plusieurs fois chaque jour, de jour comme de nuit.
Là, nerveusement, je commence à ne plus supporter, je me fais accompagner aux urgences psychiatriques pour avoir de l’aide. Un (très) jeune médecin déroule sa check-list « risque suicide » tel un automate, résultat négatif, repart aussitôt sans rien dire. Je repars avec un anxiolytique.  Ce qui n’améliorera que très peu la situation, ça m’aidera juste à dormir un peu plus.
Retour chez le généraliste, mon médecin traitant est de retour. J’explique mon cas, il prend un abaisse-langue, observe ma gorge 2 secondes et râle contre ses confrères : œdème. Le soir même, grâce au traitement, je commence à aller mieux.
Des semaines à m’étouffer avec un diagnostic « anxiété », malgré mes protestations, avant d’être enfin soigné.

Déjà vu (etc)

Je pourrais parler des maux de tête, très fréquents, diagnostic « anxiété » bien sûr, sauf que le port d’un collier cervical les soulage et que les assouplissement les ont bien fait reculer.

La liste pourrait être longue… il y a quelques mois je lisais un article sur des personnes souffrant d’obésité, et qui à chaque visite chez le médecin, se voyaient poser le diagnostic d’obésité. Même si ça n’avait pas grand rapport. Curieusement, j’ai très bien compris ce qu’elles ressentaient.

De l’importance d’écouter le patient pour savoir ce qui se passe :

Souffrant de plusieurs dépressions chaque année, et ce depuis plusieurs années, quand j’ai signalé une fatigue importante à mon psychiatre, il m’a répondu tout naturellement « dépression ».
J’ajoute alors que ce n’est pas du tout la même impression de fatigue que d’habitude, et après avoir un peu insisté, il m’envoie chez mon généraliste pour creuser la question.
Après plusieurs analyses, le verdict tombe : déficit de vitamine B12, provoquée par le traitement psy.
Prendre en compte les propos du patient, et l’envoyer vers la personne compétente, parfois ça aide.

Mais il faut toujours relativiser, il y a pire :

Envoyé en psychiatrie au lieu d’être soigné pour… la maladie de Lyme

Prise de contact

Hasard des calendriers, 11 jours après avoir présenté mon blog au personnel du CRAHN, j’étais convié à y discuter des problèmes que j’avais rencontrés pendant quasiment 1h30.

De bonnes nouvelles ont été annoncées :

  • l’unité de diagnostic adulte, présente dans le plan régional d’action 2013-2017, sera opérationnelle comme prévu cette année
  • le délai de confirmation qu’une évaluation aura bien lieu, qui avait pris 9 mois dans mon cas, est revenu à quelques semaines

Concernant le délai global entre la demande d’évaluation et le 1er rendez-vous, et la difficulté de prévision du temps d’attente individuel, les éléments mis en avant sont principalement la très grande palette de missions confiées au CRAHN, qui implique, faute de moyens suffisants, de jongler en permanence entre les diverses priorités.

Questions/réponses :

  • Combien de diagnostics adultes par an ?
    20 adultes diagnostiqués/an
  • Face à l’engorgement, est-il possible de « couper » certaines missions comme le diagnostic des adultes « âgés » pour réduire le temps des autres ?
    Pas envisageable, les missions assignées (ARS ?) doivent être assurées.
  • Annoncer clairement une estimation du temps d’attente ?
    Certaines personnes pourraient préférer ne pas savoir plutôt que d’avoir un délai long

Concernant le travail effectué lors de mon évaluation, le chef de service a dit à nouveau qu’il ne lui appartenait pas de se prononcer sur le travail d’un médecin, et bien insisté que c’était mon impression que le travail avait été mal fait. La discussion n’avancera pas sur ce point.

Cette réaction me pose problème sur plusieurs niveaux :

  • D’un point de vue « pratique », je vais donc gérer un contact avec le CRAHN pour les problèmes d’organisation, et un contact avec chaque membre de l’équipe m’ayant reçu pour les problèmes du diagnostic en lui-même. Pas sûr qu’il y ait un bénéfice pour qui que ce soit à découper ainsi.
  • Ces professionnels, s’ils sont bien entendu responsables de leurs choix, appliquent un protocole établit par le CRAHN, ont été recrutés par le CRAHN, et l’équipe psychiatre/psychologue a été formée ou au moins validée par le CRAHN. Cette responsabilité me semble évacuée très vite. Ou alors il n’y a pas d’organisation de service ?
  • Certains éléments que je présente sont pourtant factuels : absence de mes arguments dans le compte-rendu, élément clé de la décision « les parents n’ont rien vu » (ce qui se retrouve pourtant dans des témoignages d’enfants diagnostiqués),… le fait de ne pas se positionner est donc un choix de principe et non une impossibilité.

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Conclusion sur cet entretien :

  • la prise de contact a été difficile à obtenir, il a fallut insister fortement, ce qui est regrettable, car tout patient n’est pas en capacité de le faire, et un aspect important du problème, la compétence de l’équipe m’ayant reçu n’a pas été traité.
  • Pour l’organisation générale, des changements ont été annoncés, et la création de l’unité adulte devrait changer les conditions de travail. À suivre donc.
  • Pour mon cas particulier, une proposition de « suite » devrait m’être faite avant la mi-juillet. À suivre également.

L’après-évaluation

Précédent : Évaluation et compte-rendu

Le 5 janvier, le lendemain du dernier rendez-vous, j’ai relu plusieurs fois le compte-rendu. Il en ressort clairement que :
– les éléments qui auraient pu soutenir la thèse d’un TSA, que j’ai exprimés lors du 1er entretien, n’apparaissent pas
– les éléments du même entretien qui infirment plutôt la possibilité d’un TSA sont eux bien présents
– les éléments apportés par mes parents sont tous présents, sans les remarques que j’ai pu émettre sur les plus inexacts

Du coup, la synthèse, à la seule lecture du compte-rendu, paraît presque cohérente. Mais le compte-rendu est, au choix, non sincère, partial ou orienté, dans tous les cas le résultat est méprisant à mon égard.

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J’envoie un mail au psychologue et au psychiatre pour leur faire part de mes remarques et critiques. Il n’y aura pas de réponse.

Le 6 janvier, j’envoie un courrier (recommandé) exposant les problèmes rencontrés au responsable du service.

Le 22 janvier, sans réponse, j’envoie un mail au secrétariat et au chef de service indiquant qu’étant sans réponse au courrier, je commencerai à donner toute publicité utile à cette affaire. Le chef de service me répondra dans la journée que la réponse est en cours de traitement.

Le 1er février, je reçois le courrier de réponse du chef des service :
– réponse bateau sur les dysfonctionnements (« je suis très attentif à vos remarques […] (en fonction bien évidemment des possibilités) »)
– fin de non-recevoir pour le reste : « il reste de votre initiative de poursuivre d’autres investigations »
Devant le mépris affiché, j’écris aussitôt au centre hospitalier pour obtenir une copie de mon dossier médical afin d’en savoir plus sur leur (dys)fonctionnement.

Le 1er mars, je récupère une copie de mon dossier, plein de vide : le seul document que je n’avais pas déjà, c’est la demande d’information à mon psychiatre et sa réponse. Pas de synthèse de la réunion « multidisciplinaire » censée s’être tenue en octobre 2014, pas de synthèse des différents résultats de tests que j’avais transmis… le dossier confirme l’impression que j’ai eu sur le « travail » fourni par le CRAHN.

Peu après, je contacte le cadre de santé du service pour m’étonner du vide du dossier. Pas de réponse sur ce point, mais une proposition de m’orienter vers un autre service si je le souhaite. Il me conseillera de m’adresser au CRA Basse-Normandie (CRABN) à Caen. C’est à ce jour la seule personne a avoir essayé d’entrebâiller une porte.

Le 23 mars, je contacte par mail le CRABN, avec un résumé de mon passé médical et des démarches déjà entreprises. Un mois après, je suis toujours sans réponse.

Le 30 mars, journée portes ouvertes au CRAHN. La présidente d’une association à qui je demande conseil me répond « Je ne vous conseille pas le CRA Basse-Normandie, c’est pire ». Je vois que l’ambiance autour des CRA en Normandie au moins est excellente.

Entre temps, j’ai eu un rendez-vous avec un psychiatre qui m’avait été recommandé lors du compte-rendu. 20 mn d’entretien, pendant lesquelles je dois me répéter pour que des informations importantes ne soient pas déformées, et pendant lesquelles le psychiatre consulte ses messages sur son iPhone. Il m’enverra par mail de son iMac un QCM, je découvrirai une fois chez moi qu’il ne s’applique pas du tout à mon cas (et que je ne peux tout simplement pas le remplir). Cette « consultation » de 20 mn coûte 80 €, mais par égard à ma situation, « je vous fait moitié prix », soit 43 €. Pour 20 mn, c’est un record qu’aucun psychiatre même plus expérimenté n’avait osé atteindre.
Donc le compte-rendu du CRAHN était mauvais, et les recommandations faites ne valent pas plus. Du grand art.

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Résumé de l’histoire :
– le CRAHN a fait attendre une personne en difficulté plus de 20 mois sans donner d’information, obligeant une personne ayant des difficultés de communication à les relancer lourdement pour obtenir des réponses vagues, c’est de la maltraitance.
– Après presque 2 ans d’attente, l’équipe qui reçoit n’a pas consulté le dossier avant le 1er entretien (ignorance des pièces qu’il contient)
– le compte-rendu qui est fait est partial (la parole du patient n’est pas prise en compte) et orienté (seuls les éléments allant dans le sens de la conclusion sont repris)
– le déroulement du rendez-vous de compte-rendu est basique : on vous lit le compte-rendu, et si vous contestez, on vous le rabâche. Et peu importe votre état à la sortie, on vous laisse repartir dans la nature sans tentative d’apaisement. Discuter, assurer un suivi, ce n’est pas le but : l’équipe a raison, s’appliquera à vous l’affirmer, vous déniera toute connaissance de ce que vous vivez. Point. Ne critiquez plus les robots, certains sont plus humains.
– inutile de contester, le chef de service vous rappellera que les Médecins (sic) savent ce qu’ils font, et que si vous n’êtes pas content… débrouillez vous. Le CRAHN ment : que ce soit pour les réunions soit disant tenues sur votre dossier (vide à la date de la réunion), ou pour leur publicité sur une équipe « vraiment pluridisciplinaire », mais ça ne vaut pas la peine de s’abaisser à répondre à celui qui vous le fait remarquer.

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Évaluation et compte-rendu

Précédemment : l’attente

L’évaluation s’est déroulée en deux séances, espacées d’une semaine, en présence d’un psychologue et d’un psychiatre.

Lors de ces deux séances, l’accueil est agréable et attentionné, le déroulement clairement annoncé, le possible est fait pour me mettre à l’aise.

1ère séance, l’ADOS

La 1ère séance commence par environ 10 minutes où je me présente, avec un très très bref historique (dans un autre cadre, le même sujet m’avait pris 1 heure en résumant déjà beaucoup), suivi pendant 1h15 de l’ADOS-2 module 4.
L’ADOS me donne l’impression d’être très orienté enfant, mais recoupe en partie des tests déjà effectués, rien de surprenant.

À la fin de la séance : « Vous pourrez nous rapporter les tests que vous indiquez avoir passé ? » « Je vous les ai déjà envoyés ». « Ah et bien on doit les avoir alors ». Merci d’avoir lu mon dossier avant de me recevoir… 21 mois c’était un peu court pour préparer ?

2ème séance, les antécédents
La 2ème séance est consacrée à l’anamnèse (récit des antécédents) se passe en présence de mes parents.

Dans un questionnaire reçu 2 mois auparavant, il y avait la question « Entretien parents envisageable ? (sic) » à laquelle j’ai répondu « oui », envisageable c’est le cas et ça n’engage pas à grand chose. 10 jour après, sans autre échange, arrive la convocation : « Evaluation – rendez-vous avec présence de vos parents« . D’envisageable on est passé aussitôt à présence obligatoire. À date et heure imposée pour tous, bien entendu. Contactés, mes parents seront disponibles et présents.
Pendant le 1er rendez-vous, j’avais demandé des précisions sur le déroulement de la séance avec les parents, pour pouvoir les prévenir. Je signale en même temps que mes parents sont dans un déni très important de mes problèmes. Un psychiatre et un psychologue, en plus prévenus à l’avance du problème, je ne doutais pas qu’ils sauraient faire la part des choses.

La 2ème séance, de 2h30, commence donc avec « mon » historique. Très petite enfance, aucun souvenir, je laisse mes parents parler sans intervenir. Enfance, premières divergences, je commence à apporter quelques corrections, adolescence… le désaccord est prépondérant, je corrige chaque point mais brièvement pour les laisser s’exprimer autant que parce que je suis pas un pro de la communication et de l’interaction, surtout conflictuelle. Il y avait deux professionnels pour gérer…

Le compte-rendu
Pour cause de vacances et fêtes de fin d’année, il y aura 3 semaines avant le compte-rendu. Tant pis pour mes fêtes… il y en aura d’autres l’année prochaine.

Le compte-rendu m’est présenté par la psychiatre, la psychologue et… l’infirmière (« … » car je n’ai pas bien saisi l’utilité de sa présence).
On me remet une copie du compte-rendu, et on m’en fait la lecture.
Des balancements négatifs de ma tête soulignent chaque passage où des informations inexactes avaient été retenues des propos de mes parents. Mes corrections durant l’entretien n’avaient pas été retenues. Au stress de l’attente s’ajoute progressivement le stress que je ressens à chaque fois que je suis confronté à des choses fausses (ou des mensonges).
Pour me préserver, avant chaque événement stressant, j’envisage un éventail de possibilités pour ne pas être pris au dépourvu et réussir à gérer la situation : le cas qui me semble le plus probable, le cas « au pire », très pessimiste, et le cas « au mieux », très optimiste. La fourchette est large.
Mais la conclusion sera malgré cette précaution un véritable coup de massue : « anxieux ». Deux ans d’attente, un service spécialisé, 2 professionnels, 20 ans d’errance diagnostic et de soins, pour en arriver à ce diagnostic que chaque généraliste doit annoncer à la moitié de ses patients et que toute personne me croisant est assez vite capable de donner.
Je demande des précisions : « anxieux de naissance et héréditaire […] une psychothérapie comportementale permettra d’en trouver les causes ». De naissance et héréditaire, en trouver les causes par psychothérapie ? Les tentatives d’humour m’échappent souvent, mais là je suis perdu : aucun des 3 professionnels présent ne trouve ces propos absurdes.
Leurs conseils ? « suivez une psychothérapie comportementale ». Euh… c’est ce que je faisais depuis 20 ans, et je me suis adressé au CRAHN car ça ne réglait pas le problème.
Le détail du diagnostic : « le test est positif pour l’autisme, mais vos parents n’ayant rien remarqué de significatif, ce diagnostic n’a pas été retenu ». Donc un test positif, un patient qui amène les éléments, mais tout est invalidé par des parents qui disent, 30 à 40 ans après, ne rien avoir constaté, et qui ne constatent d’ailleurs toujours rien. Normal.
Je ne sais toujours pas si ça relève du « on va quand même pas croire quelqu’un qui vient consulter en psychiatrie », ou de la psychologie Disney, « les parents ont toujours raisons et savent tout de leurs enfants ».
Très mal à l’aise, j’ai tenté de reparler de tous les problèmes que j’avais évoqués au 1er entretien, « l’état anxieux les explique tous ». C’est dommage que les différents spécialistes vus jusque là n’aient jamais songé à me le dire, et que ce soit en contradiction avec les recherches documentaires que j’ai mené ces 15 dernières années.

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Plutôt que de se répartir les rôles, entre affirmer le résultat de leur travail et user d’un peu de diplomatie pour essayer de rapprocher les points de vue, les 3 professionnels présents essaient d’enfoncer le clou : « suivez une psychothérapie » (déjà tenté…) « allez en clinique quelques mois » (alors que les changements de cadres me sont très négatifs et briseraient les progrès obtenus ces derniers temps), et enfin la solution ultime « sortez et voyez du monde », ce à quoi je réplique que les améliorations récentes sont justement apparues en appliquant la règle contraire…
(à voir : top 10 des réactions les plus stupides face à une personne autiste, « sortez et voyez du monde » y est…)

Voilà comment je suis ressorti cassé, dans un état nerveux très mauvais, d’un hôpital, sans que personne ne s’inquiète de ce que j’allais devenir ou sans conseil « en cas de problème », même pas un simple « n’hésitez pas à vous adresser aux urgences de l’hôpital si vous n’arrivez pas à faire face ».
Rien, soit ils n’ont rien vu, soit ils n’ont pas su gérer. 3 « professionnels ».

Suite : L’après-évaluation

L’attente de l’évaluation

Décembre 2013, mon psychiatre m’oriente vers le CRAHN pour avoir leur avis sur un éventuel syndrome d’Asperger.

8 janvier 2014 : 1ère prise de contact, une fiche de renseignement retournée le jour même, pas d’indication de délai, juste « ce sera long ».

2 juin 2014 (5 mois) : sans nouvelles, mon psychiatre les contacte : « ce sera en septembre/octobre ». 8 ou 9 mois, c’est long, mais bon.

22 septembre 2014 (8 mois) : sans nouvelles, relance par mail, aucune réponse.

29 septembre 2014 : relance par téléphone : d’abord « on ne peut pas vous donner d’information », puis en insistant fortement pour avoir au moins un ordre de grandeur, « comptez 3ème trimestre 2015 ». La douche est froide : 8 mois d’attente passés et encore 9 à 12 à attendre…

8 octobre 2014 (9 mois) : courrier du CRAHN :

L’équipe pluridisciplinaire de l’Unité d’Evaluation du Centre Ressources pour l’Autisme de Haute-Normandie a examiné votre dossier.
A l’issue de notre réunion, au vue des éléments du dossier et des renseignements que nous avons pu obtenir de la part des professionnels, nous vous informons que nous allons vous recevoir pour évaluation.

Il a donc fallu 8 mois pour simplement ouvrir mon dossier. Ils précisent « des renseignements que nous avons pu obtenir de la part des professionnels », or, en consultant mon dossier médical début 2016, j’y découvre qu’à la date où l’équipe pluridisciplinaire était sensée avoir étudié mon dossier, peu avant le 8 octobre 2014, celui-ci est vide, et pour cause : ce même 8 octobre 2014, le CRAHN écrit à mon psychiatre pour lui demander les renseignements.
Les termes du courrier du CRAHN sont pompeux, c’est pour mieux cacher un mensonge : ils n’ont pas encore de dossier sur moi, mais ils l’ont quand même étudié, et à plusieurs.

11 mai 2015 (16 mois) : relancé par un autre professionnel, le CRAHN répond que je suis toujours sur la liste (ouf !), pour un rendez-vous probablement fin d’année 2015/début 2016.

9 octobre 2015 (21 mois) : 2ème courrier du CRAHN, m’annonçant les rendez-vous courant décembre.

19 octobre 2015 : 3ème courrier du CRAHN, avec les dates de rendez-vous, 2 évaluations en décembre et restitution en janvier. Soulagement de voir enfin le bout du tunnel, ce qui atténue le fait d’être convoqué 23 mois après ma demande 3 jours à heure fixée, avec comme seule option « En cas d’annulation de votre part,… ». Prière de renoncer à toutes vos obligations…
Le courrier se termine par « Nous pouvons vous fournir des bons de transports à condition que votre enfant soit reconnu à 100% ou en ALD ». Visiblement, les adultes sont pas prévus dans les procédures…

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Du 8 janvier 2014 au 19 octobre 2015, 649 jours pour avoir une date de rendez-vous, en devant relancer régulièrement pour tenter d’avoir des nouvelles, des délais repoussés à chaque contact (« ce sera long », « 8 ou 9 mois », « 17 à 20 mois », « dans plusieurs mois », « dans 23 mois »).
Un ophtalmologiste, dans ma région, c’est régulièrement 1 an d’attente, mais dès le 1er contact, on a le jour et l’heure, et c’est juste pour un suivi.
Là, face à une personne en souffrance, qui a vraisemblablement des problèmes de communication, on ne donne pas d’information précise, on la force à établir le contact par elle-même, et au total 2 ans d’attente pour avoir le résultat, c’est de la maltraitance. Je prie les lecteurs de croire que connaissant bien le sens de ce mot, j’ai pris le temps d’y réfléchir avant de l’employer : il est parfaitement justifié.

Mais heureusement, maintenant est venu le temps de l’évaluation

Le Monde : « Réduire le délai de diagnostic est une priorité »

Je ne pensais pas ajouter un article avant d’avoir fini les pages principales du site, mais l’actualité est très intéressante.

article du Monde

Dans cet article, Le Monde interroge Ségolène Neuville, secrétaire d’État chargée des personnes handicapées et de la lutte contre l’exclusion, au sujet d’un rapport de l’IGAS sur les CRA.
– « La mission confirme le manque de statistiques pertinentes en France dans le domaine de l’autisme, notamment sur le nombre de personnes concernées. »
Combien de personnes diagnostiquées au CRAHN et quel proportion de positif ?
– « Cette évaluation montre aussi l’hétérogénéité du fonctionnement des CRA, avec des disparités concernant la formation des professionnels, le respect des bonnes pratiques professionnelles… »
– « Mais les délais actuels sont vraiment problématiques : il s’écoule en moyenne plus d’un an entre la demande et la restitution du bilan, selon le rapport de l’IGAS. »
Et ne parlons pas des maximums (?), 2 ans…
– « Face à l’ampleur des dysfonctionnements pointés dans ce rapport, quelles actions prévoyez-vous ? »
Dysfonctionnements, exactement le mot que j’utilisais.
– « Le rapport […] va être mis en ligne, afin que chacun puisse l’étudier. »
À suivre donc… s’il y a le détail par CRA, ça donnera une idée si mon traitement était exceptionnel ou malheureusement représentatif.
– « Je suis convaincue que les personnes autistes, les familles et les associations ont une place active à prendre dans la réorganisation des CRA. »
Surtout si les CRA refusent toute remise en question.

Je vous laisse tranquillement lire l’article, il faudra reparler du rapport de l’IGAS quand il sera rendu public.